Des chimères en son nom

le

L’homme n’avait au premier abord pas grand chose de plus qu’un autre.

Certainement, il jouissait d’atouts physiques non négligeables, de ceux qui captaient les regards et figeaient les souffles. Sa chevelure dense s’ondulait autour de doigts invisibles, elle appelait à la caresse et à la sauvagerie. Sa bouche formait des mots presque inachevés, les sons qui en émanaient semblaient venus d’un autre monde, comme trop rond ou trop doux pour nos oreilles habituées à plus de violence. A peine fermiez-vous les yeux que sa bouche gambadait sur votre peau, juste là sous votre lobe droit, pour y poser une respiration, effleurant ainsi vos désirs et les faisant taire par son absence déplorable. Quelques vertiges s’emparaient de vous lorsqu’il baladait ses mains sur les feuilles vierges. Il ne tardait pas à les recouvrir de quelques traits d’imaginaire, formant des contes ou des cauchemars.  Il pouvait vous emmener au bout de ses doigts par delà la réalité de votre corps. Enfin, lorsque de son art il sortait, vous pouviez contempler quelques tâches d’encres et de peintures enlacer ses phalanges. Pas plus soigné qu’un autre, il appelait définitivement à l’incivilisation des corps. Tyran de vos fantasmes, vous ne pouviez vous en défaire totalement malgré l’intrusion du jour sous vos paupières. Ne restait sous les draps que le souvenir de ses avants-bras tendus, et sa peau, et les frissons.
Vous ne pouviez pas faire un pas sans ressentir sa présence, tout près, là où on ne l’attend pas. Au creux de vos reins. Ses mains vous appartenaient sans que personne ne s’en doute, pas même lui.

Finalement, cet homme-là n’avait rien à voir avec un autre.

D’un regard, il déferla en vous des chimères obsessionnelles par vagues incessantes,
incapable alors de vous défaire de son emprise,
vous laissant inutile sur les genoux d’Eros.

(Photo de couverture de l’article : © Roberto Ferri)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s