Le choix (suivi de l’amour)

Un choix. Écartez-vous en et vous serez blâme, hué, montré du doigt.
Faire un choix, c’est prétendre que des débris d’hier on construit les murs de demain, c’est avoir le courage (l’audace) de croire un instant qu’il y a du constant en nous, qu’on peut se faire confiance. Mais tout est versatile.
Faire un choix et s’y cantonner jusqu’à la fin, c’est refouler le reste de ses envies, de ses projets, c’est refuser d’être pleinement soi, c’est s’empêcher de s’accomplir entièrement. Des choix doivent être faits, pour son bien personnel et pour le bonheur d’autrui. Mais certains choix ne devraient pas être irréversibles. Car celui qui marche sur la courbe du temps doit faire face à trop de dilemme et personne ne peut se prétendre immuable.
Comment alors, ayant conscience de faiblesse de nos actes, de nos idéaux, de leur incapacité à être stables, tout comme notre cœur. Comment alors se faire confiance au point de promettre à un autre que soi qu’on l’aimera toujours, qu’on le chérira encore et encore sans aucun doute. On ne devrait pas, on ne peut pas. Ce que je ressens au présent quand je promets, quand je fais mon choix, cela est sincère, et rien ne peut le déconstruire. Si je te dis que je t’aime plus que tout aujourd’hui, c’est la vérité. Mais nous sommes des êtres si faibles et idiots que nous nous laissons porter par le temps vers des idées lointaines.
Mais ce n’est pas un choix d’aimer. L’amour n’a rien d’une victoire. C’est un supplice même dans la joie. C’est une torture, aimer c’est être conscient qu’aujourd’hui, si on effleure le bonheur, c’est pour mieux nous l’enlever demain. L’amour est la plus grosse connerie de tous les temps, imposé, imbattable, invisible et dont le son strident nous empêche de discerner le monde comme il est. Il arrive au galop sans qu’on l’entende d’abord, puis quand il s’installe, il ne cesse de hanter notre âme et notre esprit jour et nuit. L’amour n’est qu’une vague illusion.
L’amour n’est pas une victoire, le sexe est une distraction. L’amour c’est une tare, la faiblesse de la force de l’homme. Son talon d’Achille. Si fragile. Mais il en redemande. L’amour n’est pas une victoire mais le fardeau que nous devons porter en nous, de la naissance à la mort. Chacun de nous, bien que certains semblent dénuer de tous sentiments, l’amour nous transperce à chaque caresse, regard, baiser.
C’est avec l’amour qu’on se lève et se couche. C’est par amour qu’on naît mais sans amour qu’on meurt, essoufflé, vidé de son essence. Cependant qu’on soit seul dans la mort ne veut pas dire qu’on ne peut le faire par amour. Mais l’expression est inexacte. C’est par lâcheté, par faiblesse encore. D’avoir compris trop tard que personne ne serait épargnée et que l’amour et la gène la plus empoisonnée qui soit dont nous avons hérité, impossible de s’en défaire.
Tomber amoureux
Chaque fois c’est la même lame, fine, vive, glacée. Elle pouvait la sentir, réelle, ou presque entre ses doigts. Le manche au creux de sa main, elle caressait l’arme aiguisée du bout des doigts. L’air, chaque fois, est doux, l’atmosphère paisible, et le temps se ralenti jusqu’à s’arrêter. Ses gestes sont les seuls qui demeurent, elle manipule le couteau vers sa poitrine, et l’insère calmement dans la chair. Le cri est sourd, les larmes chaudes et le sang indolore, il a déjà presque disparu derrière le verre du mensonge. Le temps encore est capricieux, et lui laisse savourer la douleur. Elle a un goût de fer dans la bouche, qui lui colle à la gorge, et lui chatouille le palais. Puis elle entend l’engrenage, les cliquetis, le mécanisme se met en route.  L’horloge se remet à tourner. Elle a la main sur la poignée et elle entend des pas derrière la porte. Son souffle est figé dans l’air, sa tête tombée vers l’avant et ses paupières sont baissées, elle sent les larmes qui montent, elle entend son cri du fond de ses tripes, elle goûte au fer mais il est trop tard, la poignée est baissée, la porte ouverte et il est là, il entre et emmène avec lui la lame qu’elle est seule à manipuler. Seule responsable des blessures qu’elle s’inflige.
Elle a ce sourire malade qui reste sur son visage, celui qu’on enfile pour prétendre.

(Image couverture © Wallpaperwide)

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