| L’écriture fragmentaire| .30

Vide, intersidéral.
Douleur propice aux pensées, douteuses pour changer, réelles, intenses, mais impossibles à retranscrire.
Pages blanches, à perte de vue, on y voit des traces de pas, de larmes, des empreintes, sales, seules.
Teinte d’énervement, par gouttes, ici et là.
S’engouffrer dans une vie dont on n’a aucun contrôle, pas même celui de sa propre personne; comment y voir clair quand le cœur choisit sans permission.

C’est une fille qui aime un homme, on la voit assise, seule, elle n’a rien à dire à personne, mais si cet homme était là, elle pourrait lui conter sa vie, lui parler du monde, lui raconter l’univers. On m’a parlé d’elle, j’ai entendu dire qu’elle avait vécu des choses, comme tout le monde, qu’elle souffrait, comme tout le monde, qu’elle pleurait. Mais pourquoi elle ? Pourquoi s’en prendre à elle ? Elle avance d’un pas mal assuré, mais chaque chute la mène toujours plus bas, et pourtant elle se relève et se dit qu’elle peut grimper, encore.
C’est un lieu, où les roches sont taillées pour écorcher les joues des jeunes ingénues, où les gouttes de pluies sont présentes dans l’air à longueur de journée. Les journées, parlons-en! Il y fait tout sauf jour, le brouillard vous brise la vue.
On raconte qu’elle y ère, depuis quelques mois, depuis quelques années. Personne n’a pu la tirer de là, comment faire, comment lui dire qu’elle peut courir, qu’elle pourrait avancer sans tomber, sans glisser sur les vagues impitoyables qui l’emportaient autrefois.

C’est un homme, on le voit assis, entouré, il ne dit rien à personne, pas même à lui-même. Il a le cerveau en ébullition et le cœur tordu. Il ne pense plus, ne rêve plus. Il a les yeux rivés sur une fille, il a les yeux perdus dans une dimension qui a pris le pas sur sa réalité, ce n’est plus un homme, c’est une ombre, c’est un sentiment, il ne fait qu’un avec l’envie, avec le désir, il n’aspire à ne faire qu’un avec la fille. Comment elle s’appelle, pourquoi elle ne dit rien, pourquoi elle pleure cachée derrière un masque qu’il a réussi à percer. Il voudrait la toucher, il voudrait lui dire qu’il la sortira de là, il voudrait avoir le courage de l’emmener loin, loin des déserts cannibales, loin des foules affamées. Comment a-t-elle joué ce tour maléfique, comment a-t-elle brisé la réalité pour y introduire l’espoir, la vision d’une alternative, la possibilité d’un autre jour. Sa main dans la sienne, sa bouche sur sa nuque, frêle, douce, qui appelle le désir.

Vide intersidéral bordélique, chaotique, en mouvement perpétuel, en phase de remplissage, on s’y noie, on s’y perd, on n’y voit que dalle.
C’est une fille.
C’est un homme.
Que faire de deux êtres posés là, qui devraient se tourner le dos, qui devraient s’ignorer.
Mais on n’ignore pas un tel appel, on est dévoré, par l’attirance, loin de la réalité, loin des chemins tracés, loin des attentes des autres.
Seuls, à l’écoute de leurs désirs, ils ne feraient qu’un /avec le bonheur.

(Image couverture © Wallpaperwide)

 

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