Ricochets

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Il me tardait de faire craquer le papier de verre, de briser la glace, de défier la surface, d’aller en profondeur des choses, mais c’était sans compter les bosses et les bleus qui germaient au fur et à mesure de l’étrange voyage de la vie sur ma peau fragile. Il me semblait pourtant que je ne  faisais qu’effleurer, sans jamais pouvoir laisser ma trace là où ça en valait la peine. J’étais comme un galet que l’on jette sur un lac clair et limpide. J’étais lisse, me laissant mener par le mouvement, ne touchant que du bout des doigts la vie avant d’être emmenée au loin vers de nouvelles douleurs, la mémoire pleine. Et j’avais à peine tendu l’oreille pour percevoir au loin l’écho de nos souvenirs que déjà le présent nous rattrapait à grands pas. Je ne pouvais paisiblement aborder ce qui arrivait, ce qui arrive toujours. Personne ne peut nous aider, les sentiments que nous ressentons naissent du néant, jaillissent sans le moindre avertissement, personne pour nous prévenir qu’une telle vague, dévastatrice, s’ébranlera un jour sur nous, laissant notre corps meurtri sur le bord d’une eau blasée, effleurant de la joue les rochers aiguisés, sentant sous les doigts un sable mouillé qui réclame la caresse et le désordre. Et vous ne vous êtes pas retenu, pour entrer avec vos gros sabots, et ne laisser derrière vous que l’abandon total au chaos, sans nul autre pareil.

J’étais comme l’eau, limpide, transparente et rassurante. Celle qu’on aime regarder, qu’on admire pour son calme et sa folie. Un océan de couleurs et de saveurs. Je portais en moi le souvenir de ceux qui m’effleuraient. Ils m’approchaient, voulaient me dompter, ils rêvaient de se fondre en moi. Ils me possédaient brûlante ou glacée.  Mais ne cherchaient à travers moi qu’à entrevoir leurs propres reflets, jeunes ou beaux pour toujours, maîtres d’un destin qu’ils s’inventaient.

J’étais pour eux comme l’eau qui apaise, qu’ils aiment caresser, dans laquelle ils aimaient tremper leurs pieds fatigués par la route rocheuse et usante du quotidien. L’eau qui leur permettait de se retrouver, et sur laquelle ils rebondissaient pour finalement retourner à leurs propres vies, revigorés, confiants, plus que jamais vivants.

Me laissant seule et asséchée,
Miroir de vos égos démesurés,
Portant sur ma peau les bleus de vos ricochets.

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