A letter (2)

le

{Elle} achevait le mot pour la cinquième fois, parcourant les phrases encore et encore, finissant par oublier le sens de tout ça. C’était tout ce qu’elle avait toujours espéré et à présent qu’on lui offrait l’inaccessible sur un plateau d’argent, ce qu’elle n’osait que fantasmer n’avait plus qu’un goût d’accompli et d’usé. Elle tachait de relativiser en visualisant ces quelques mots impulsifs tapés à la va-vite sur un écran froid, surement entre deux disputes avec sa femme qui ignorait tout de leurs échanges et aventure, ou peut-être pas. Elle desserra ses doigts crispées sur la souris et passa nerveusement la main dans ses cheveux avant de s’enfoncer dans sa chaise en bois, celle qui lui faisait mal au dos. « Il serait vraiment temps que je la change » pensa-t-elle. S’appuyant sur le vieil accoudoir grinçant de son antiquité, elle enfouit son visage dans sa main. Une odeur étrange qu’elle ne reconnaissait pas y avait creusé son terrier. Seule avec elle-même, elle ne voyait que son propre reflet et ne devait ressentir que sa propre présence. Cette odeur qui était sienne lui était étrangère tant elle avait passé du temps à s’imprégner de celle des autres. Comme se souvenant ce qui l’avait mis dans cet état elle jeta un dernier regard vers l’écran avant de fermer rageusement l’ordinateur en soupirant. La journée s’entamait à peine et déjà fallait-il penser au comment du pourquoi. Peut-être qu’elle lui répondrait  mais elle aurait préféré simplement le retrouver à l’heure habituelle, là où tout se passe mais rien ne se décide. Malheureusement, le choix ne s’était pas présenté et il avait songé bon de tout saccager en quelques lettres enfoncés sur son clavier. Bon sang mais que lui avait-il pris. Avait-il seulement pensé au mal qu’il faisait, aux souvenirs qu’il balayait avec ses doutes et ses espoirs. Peut-être avait elle envoyé trop de signes qui l’avaient poussé à vouloir tout quitter pour eux, pour elle. Mais sans le frisson de l’aventure, rien n’en valait la peine. Elle préférait l’impuissance au confort, la chut à l’avenir, le désarroi à l’amour. Comme condamnée à une sentence qu’elle avait elle-même prononcée, elle était incapable d’imaginer mériter plus.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s